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NEWS - RECHERCHES CLINIQUES

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Un filtre en étain pour réduire la dose d'irradiation des scanners

6 décembre 2021 - Temps de lecture 5 minutes

Une équipe du Centre d'Imagerie de l'Hôpital Privé d'Antony (Ramsay Santé, Antony) veut démontrer que l'utilisation d'un filtre en étain diminue de façon importante les doses de rayons X délivrées aux patients lors des scanners thoraciques, sans dégradation significative de l'image.

Lors d'une radiographie ou d'un scanner, le patient est exposé à des rayons X. Leur accumulation, à mesure de la répétition des actes, peut engendrer un risque accru de cancer. Ce risque se module en fonction de la dose délivrée et du type d'acte. Ainsi, la dose de rayonnement reçue lors d'un scanner est particulièrement importante : on considère qu'elle est 100 à 200 fois plus élevée que celle reçue lors d'une radiographie pulmonaire. C'est la raison pour laquelle les professionnels s’efforcent de réduire les doses de rayons X délivrés lors des examens d'imagerie, et particulièrement lors des scanners.

 

Un travail d'équipe

Le Centre d'imagerie médicale de l'Hôpital Privé d'Antony est une structure privée au sein du Groupe Ramsay Santé. Son crédo : le service rendu au patient. Le service fonctionne 7 jours sur 7, y compris la nuit, et reçoit près de la moitié des 80 000 urgences annuelles de l'hôpital. « Depuis le renouvellement de nos machines en 2016, nous avons la possibilité d'ajouter un filtre en étain sur certains scanners », explique le Docteur Béatrice Daoud, radiologue du centre d'imagerie.

Elle poursuit : « Le but de l'ajout du filtre en étain est de pouvoir supprimer en sortie de tube toutes les faibles et moyennes énergies du faisceau photonique qui ne participent pas à la formation de l'image, et ne laisser passer que les hautes énergies. La possible baisse d'irradiation conférée par ce dispositif était une piste intéressante pour le service rendu au patient ». Son équipe a donc décidé de mener une étude afin de protocoliser et valider l'utilisation de ce filtre.

Sébastien Durand, l'ancien directeur adjoint de la structure, a proposé à trois médecins, dont le Docteur Daoud, de monter l'étude. « Ils ont été tout de suite très motivés, malgré la quantité de travail à fournir », raconte Sébastien Durand, avant d'ajouter : « La Direction de la Recherche et de l'Enseignement (DRE) de Ramsay Santé a rapidement adhéré au projet et nous a soutenus et accompagnés dans la rédaction du protocole et la production statistique ».

 

Une double évaluation

L'étude prospective et non interventionnelle a inclus 50 patients adressés pour un dépistage ou une surveillance d'exposition à l'amiante par scanner thoracique non injecté. « L'évaluation de la qualité de l'image avec le filtre en étain s'est faite de manière à la fois subjective et objective », détaille le Dr Daoud. Sur le versant subjectif, trois radiologues ont étudié les images, à l'aveugle, avec et sans filtre, et leur ont attribué une note de 1 à 5 selon leur interprétabilité.

Pour le côté objectif, une mesure du rapport signal/bruit de l'image a été effectuée. L'impact dosimétrique a quant à lui été mesuré directement par le scanner. « Toutes les mesures ont été réalisées lors de deux acquisitions tomodensitométriques successives, en décubitus et en procubitus », précise le Dr Daoud.

 

Des résultats prometteurs

« La base de données vient d'être gelée et nous attendons l'analyse statistique pour passer à la rédaction de l'article », résume Sébastien Durand. Sur la partie objective, l'équipe a observé une dégradation de l'image dûe à l'augmentation du bruit. En revanche, les trois médecins experts s'accordent sur le fait que l'analyse subjective de l'image n'est pas perturbée. Concernant l'impact dosimétrique, les chercheurs ont observé une réduction de deux tiers de la dose de rayons X délivrée aux patients.

« Nous espérons démontrer la robustesse de cet outil, qui n'est pas spécifique aux patients touchés par l'amiante (la population étudiée). Une fois qu'on aura prouvé sa fiabilité et sa reproductibilité, elle pourra être utilisée en routine sur la plupart des patients », conclut Sébastien Durand.